dimanche 17 septembre 2017

Dieu nous déserte, le diable s'installe.

Je me suis mise à penser que notre foyer était maudit, que le diable y était installé et tour à tour possédait chacun d'entre nous.

dimanche 3 janvier 2016

Dessin #1 : Petit ours blanc

J'ai décidé de m'entraîner à dessiner. Après de longues recherches, j'ai fini par trouver le site de Léo, Dessin-Création par le biais duquel j'ai pu avoir des pistes pour améliorer ma technique. Le but à lonng terme, c'est de pouvoir publier un court-métrage en dessin d'animation.

D'ici là, je posterai tout et n'importe quoi dans cette section, dont les planches constitutives du court métrage final.

dessin-ours-blanc-la-damenoire

vendredi 1 janvier 2016

À l'aube d'une nouvelle année.

Je n'ai pas pris de câble. Je ne sais pas vraiment pourquoi je me suis imaginé que je pourrais compter sur quelqu'un d'autre. Sur lui, qui est rentré chez lui sans même me dire au revoir, sans même prendre la peine de vérifier comment j'allais. Mais enfin ...
Je ne sais pas pourquoi je me suis imaginé.
Je me suis habituée à ne pas avoir besoin d'exprimer mes besoins. Avec lui c'était simple, il était suffisamment aguerri pour gérer. Pour me gérer bourrée, pour me gérer battue, abattue, en colère, enragée, frustrée. Après lui, il m'était devenu normal de m'occuper des autres comme il s'occupait de moi. Se souvenir de ce que l'autre aime boire, manger, à quelle heure il se lève le week-end, à quelle heure il se couche ; connaître sa routine. Tout connaître, pour pouvoir me rendre utile au moment le plus opportun, par anticipation. Maintenant qu'il n'est plus là, je n'ai plus ça – et tellement d'autres choses.
Alors je n'ose plus demander, je ne sais plus ce qui m'est dû, si quoi que ce soit m'est dû.
Alors je n'ose plus me battre. Comme si s'était évanouie toute volonté de préserver ce qui me tient à cœur.
Quand les gens me demandent, je dis que j'ai oublié. C'est plus simple que d'admettre que je n'ai pas osé. Car il faut comprendre que ce n'est pas l'image que les gens se font de moi.
Celle-là ? Pfff ... Elle ose tout, elle se permet tout !! On ne sait pas pour qui elle se prend
Pour qui je me prends. Pour quelqu'un qui a eu un jour toutes les prétentions du monde, me voilà bien désarmée. Vers qui vas-tu te tourner à présent ? Tous les autres sont d'accord. Maintenant, tu es seule face à des gens qui ne souhaitent que te voir échouer. Car tu as osé le dire tout haut :
Je suis un être humain, il me suffit juste de vouloir quelque chose pour travailler, pour l'avoir.

Oui. Je l'admets solennellement aujourd'hui. J'ai des facilités. Ça ne veut pas dire qu'on m'offre tout. J'ai des facilités à désirer des choses, à en rêver au point d'en être obsédée. J'ai développé des facilités à faire des plans, des stratagèmes, à organiser des choses, car elles me paraissent logiques. Je peux imaginer tout et n'importe quoi, du moment que ça me fasse envie. Alors c'est peut-être ça mon problème : je n'ai plus envie de rien.
Ils essaient tous de me faire croire que c'est par fainéantise, un manque de travail. En vérité, dès que je travaille, on m'accuse d'avoir des facilités ! On m'accuse encore d'être fainéante. Et lorsqu'on me juge comme ça, quelque chose en moi se brise.

mercredi 30 décembre 2015

Ce qui a tout changé.

Rakim.
 Je n'ai pas écrit son nom depuis maintenant six ans. C'est assez drôle quand j'y pense car il fut un temps où je ne pouvais m'empêcher d'en parler, d'écrire à propos de lui, de dessiner des miliers de scènes de ce que serait notre vie future. Celle que je désirais intimement et celle que je prétendais vouloir. 
Nous n'avons pas grandi de la même façon. Au moment où nous nous sommes rencontrés, ma haine pour mon père avait atteint son paroxysime. Si bien que j'avais planifié une vengeance ambitieuse pour lui faire payer plus d'une décennie d'abus. C'était devenu mon obsession. Je ne ressentais plus la présence de Dieu dans mes rêves, ou autour de moi, malgré le fait que j'essayais d'apprendre le religion. Je me suis lancée dans la lecture du Coran, en espérant que cela L'inciterait à revenir vers moi. Rien n'y faisait. Alors j'oscillais entre le désir de vouloir Lui plaire et L'honorer et le désir de Le nier en abandonnant tout principe, en suscitant sa colère habituelle par la main de mon père, en me noyant dans le péché. J'ai fini par ne plus croire en Lui. 

J'avais pris l'habitude de jouer à ce jeu sordide, je m'inscrivais sur des sites de rencontre de tout âge, je créais un faux profil et je faisais la conversation à des hommes, parfois des femmes en m'inventant une vie. Je passais beaucoup de temps sur Google pour pouvoir corroborer mes propos. C'est ainsi que j'ai découvert des mots de grands comme CAC40, politologue, créancier. 

Rakim, lui, venait de perdre son père. Je crois que c'est ça qui m'a dès le début interpellée. Car tout à coup je me suis rendu compte, les pères peuvent mourir. Ils peuvent juste cesser d'exister, du jour au lendemain, alors que rien ne le présageait. 
- Tu as bien de la chance ou plus probablement "Ta bi1 2 la chanss".
Sans comprendre à quel point cela pouvait être irrespectueux, je lui avais balancé ça comme ça, au bout de deux jours d'échange d'émoticones pailletés, au gré de l'invention de mon personnage. J'étais censée être plus agée, bien plus agée. Alors bien évidemment, je me suis faite insulter, bloquer et puis ça s'est arrêté.


Paumes droites, paumes gauches, dos de la main, paumes des mains. Paumes droites, paumes gauches, dos de la main, paumes des mains. Paumes droites, paumes gauches, dos de la main, paumes des mains. Paumes droites, paumes gauches, dos de la main, paumes des mains. Paumes droites, paumes gauches, paumes des mains, dos de la main. Et mince.

On pouvait jouer à ce jeu sans cesse. Ce jeu de gosses de la cour de récré, où le perdant est celui qui rate. Le perdant de quoi, on ne savait pas vraiment. Mais bon ça nous suffisait. On a commencé à garder le compte des victoires de chacun. Et personne ne comprenait, pourquoi on continuait à jouer à ce jeu. Même au lycée. C'était devenu notre moment. On parlait. On faisait des plans. 
Qu'est-ce qu'on fait au diner ? Tu as écouté la zik que je t'ai envoyée ? J'ai pensé à une choré. Tu es encore fâchée avec ta soeur ? J'ai un DM. Toi aussi ? On fait la course ? 
De toute façon, on ne se mariera jamais.



Au bout d'un moment, m'appeler Valérie, Sandrine, Monique ne m'amusait plus - et puis mes parents nous avaient bien corrigés. Alors j'ai commencé à trier mes contacts msn et à regrouper sur ma vraie adresse ceux que je connaissais vraiment. Lui, je l'ai gardé. Je ne sais pas trop pourquoi. Le fait qu'il m'ait bloquée avait vexé mon égo. Alors je tenais à le rajouter pour de vrai et quelque part, avoir l'opportunité de me rattraper. Parce que quand même, j'étais censée être irresistible. J'ai tout pour moi. Alors comme les autres, il va kiffer, me demander des photos, j'en enverrai que j'ai trouvées sur internet, qui ressemblent le plus à la description que je lui aurai faite. Et puis là je pourrai le supprimer. 
Mais mon père a recommencé. Et comme je n'assumais pas d'en parler à Wendy et aux autres, que je ne voulais pas voir AÏssatou car c'était l'heure de la prière. Je lui ai dit à lui. On s'est retrouvé dans le McDo de Cadet. Au début je n'avais rien à lui dire. Car je ne comprenais pas pourquoi il m'invitait. Et puis, il sentait fort. Trop fort. Avec le recul, je me dis qu'il fallait vraiment être couillon ou gamin, pour penser qu'il fallait mettre autant de parfum. Pendant tout le "rencard", je n'ai pensé qu'à ça. Pourquoi en a-t-il mis autant ? Mais enfin, si c'est ça un vrai garçon ... 
On n'allait jamais au McDo chez moi, alors c'était un peu le rêve pour moi. J'avais pris un milkshake à la vanille à un euro. Je voulais pas non plus qu'il me prenne pour une profiteuse. Lui avait pris un menu et un milkshake, pour faire comme moi, mais à la fraise. C'est vraiment dégueulasse la fausse fraise. Je ne comprends pas comment tu peux aimer ça. 
Il m'a fait écouter de la musique sur son mp3. A l'époque, celui qu'il avait était le summum du lecteur mp3. Un peu moins de 500Mo de stockage. 
On aimait la même musique, celle qui nous faisait danser, et rêver de scène, de célébrité. Quelque part, nous n'avions jamais voulu nous l'avouer, mais c'est notre soif de reconnaissance qui a été notre vrai trait d'union. Je pense qu'il en avait aussi honte que moi. Nous avions ça en commun dans notre éducation. Tout le monde s'accordait à dire que nous étions une fierté, mais nous n'avions pas le droit de le penser. Alors secrètement, nous nous complaisions dans cet hubris, convaincus que nous avions déjà tout, et nous deux en plus.

- Tu veux faire quoi dans la vie toi ?
- Mon rêve, c'est de changer le monde !
- C'est le mien aussi.
- Non c'est le nôtre. Mais si je devais choisir un métier je serais neurologue.

Hier, j'ai voulu me tuer.

En fait, ça ne date pas d’hier. J’ai toujours eu cet élan morbide d’autodestruction. Plus petite, très croyante, je m’imaginais que je me transformerais ainsi en ange qui vole au-dessus de tout le monde. Avoir les avantages d’être en vie, mon esprit resterait immortel, tout en profitant de la sérénité et de l’insouciance des gens morts. Je n’aurais plus à fermer la porte de la salle de bain, appuyant de toutes mes forces sur le verrou jusqu’à ce que mes doigts cèdent.
Dans ces moments là, souvent juste avant que le tournevis devienne plus fort que moi, je demandais à Dieu pourquoi il me détestait tant alors que je n’étais qu’une enfant. On dit que les parents sont les représentants de Dieu sur terre, car c'est par leur biais que nous naissons. C'est pourquoi j'étais intimement convaincue que si mon père me détestait tant, c'était à cause de Dieu.
Et ça a recommencé. Trop de fois. La même colère, la même angoisse, cette même course dans le couloir, à travers tout l'appartement. Parfois vers la salle de bain, parfois vers les toilettes. Et tout le monde criait. Au fur et à mesure, l'amour si profond que j'avais développé pour Lui ne suffisait plus à atténuer mon indignation. Alors, comme lui, je me suis mise à le haïr. Et plus je le haïssais, plus je Le haïssais. Alors, être morte c’était le meilleur moyen de savoir qui m’aimait vraiment. Je pourrais assister à mes propres funérailles, et voir tous ceux qui pleureraient ma mort, tous ceux à qui je manquerais quotidiennement. Je volerais au-dessus d'eux, ceux qui m'aiment. Et leur amour me suffirait.



J'ai toujours eu envie d'amour. J'en avais tant à donner. Et alors que Dieu m'avait abandonnée, bien que moi je L'adorais, j'ai découvert assez vite que je pouvais aimer d'autres choses, les gens plus particulièrement. En primaire, je suis tombée amoureuse de Thomas. Il était eurasien, et c'est à peu près tout ce dont je me souviens aujourd'hui à propos de lui. Mais le sentiment qu'être amoureuse me procurait, c'était indescriptible. Comme si soudain tout était possible, même d'oublier les courses dans le couloir.  Les idées foisonnaient dans ma tête. Je voulais danser, dessiner, chanter, rire, sauter, être la meilleure pour l'impressionner. Bien que notre relation eut principalement existé dans mon esprit - cela marquant le début de ma tendance érotomane - elle m'a apporté tout le bonheur qui me manquait quand je rentrais chez mes parents. Et cette réalité là n'avait soudainement plus d'importance.

D'année en année, mon seul souhait était de tomber amoureuse. Pourtant, je ne cherchais pas à construire de relation avec qui que ce soit. Je voulais simplement être amoureuse. En fait, je pense que je cherchais justement une relation impossible. C'est dans le rejet de l'autre que  je m'épanouissais. Cela m'a en fait poussée à devenir meilleure, à apprendre tout et n'importe quoi, juste pour impressionner. Je devais devenir incontournable, la personne en qui il fallait se tourner pour les devoirs, le joker sous-fesse à l’élastique, l'orthographe, les maths, l'anglais, la musique, le violon, la roue, le grand écart, la comédie, les blagues, remonter le moral, la cuisine, les ordinateurs, la joie de vivre ; je souhaitais savoir tout faire. Je devins attirée par tous ceux qui étaient passionnés par des sujets qui étaient hors de ma portée. Et à chaque rejet, je m'imaginais les nouvelles compétences qui me manquaient pour pouvoir être acceptée. Cette course effrénée vers la perfection s’avérera malsaine, et c'est ce qui m'aura menée sur la falaise hier.